DIEPPE été 1944

 
 Juin 1944 ,Opération Overlord. Pour les Dieppois, ce début d'été va amener l'espoir. A l'aube du 6 juin, ceux qui écoutent Londres malgré l' interdiction, font circuler la grande nouvelle : Les Alliés ont débarqué en Normandie. Ils ne sont pas nombreux ceux qui captent la B.B.C. Ecouter Londres est sévèrement puni. La nouvelle va pourtant vite se diffuser. Les Dieppois qui habitent en permanence en ville ne sont pas très nombreux. Beaucoup d'entre eux sont réfugiés pour la nuit dans les villages environnants ou y habitent à demeure depuis 1940. La ville s'est vidée peu à peu de ses habitants. Un grand nombre de Dieppois ne sont pas rentrés de l'exode de 1940 ou des évacuations de 1943.

 

 
 

 Qu'en pensent les Dieppois de ce débarquement ? Est ce un raid de plus comme celui de Dieppe de 1942 ? Pourtant la B.B.C. a annoncé ce débarquement. Eisenhower, Churchill, De Gaulle ont parlé à la radio. De Gaulle a ajouté que "la bataille de France est engagée, c'est la bataille de la France".  Les Dieppois toujours gens prudents cachent leur émotion, ils en ont tant vu depuis 1939 et les plages du Calvados sont bien loin et puis la presse locale a parlé d'une tentative de débarquement repoussée. Les morts alliés se compteraient par milliers. Les avions alliés ont été abattus par dizaines quand aux navires ! Le Mur de l'Atlantique intact a repoussé touts les assauts. On sait aujourd'hui ce qu'il en est. La presse va cependant continuer à parler d'une invasion ratée.

Les Dieppois vont suivre jour après jour, la progression des troupes allées.  Les Allemands croient un moment que le vrai débarquement est encore à venir et les divisions blindées restent en place. Les divisions d'infanterie allemandes en Seine-Inférieure redoublent de vigilance. Et si le vrai débarquement intervenait chez elles ?

 

 

 

Les 2ème (1) et 116ème Panzerdivisionen ne profitent pas longtemps du repos. Elles prennent le chemin de la Basse-Normandie et se trouvent engagées le 18 juin face au Vème corps U.S.. Elles seront quasiment détruites dans la poche de Falaise. Les divisions d'infanterie restent en place. Où iraient-elles sans moyen de transport ? Les garnisons des ports ont pour consigne de lutter jusqu'à la dernière extrémité.

A J + 4, les troupes britanniques sont aux portes de Caen. Bayeux est atteint le 8 juin. Les combats autour de Caen sont féroces. A J+12, le Cotentin est coupé en deux, Cherbourg est atteint le 27 juin. Les colonnes américaines et britanniques s'enfoncent dans le bocage normand où toute haie, tout boqueteau, toute masure, tout hameau va devenir un champ de bataille qu'il est nécessaire de conquérir un par un. Lorsqu'ils sortent du bocage, les alliés peuvent enfin lâcher leurs divisions blindées. 

 

 DIEPPE : 13 juin, les cafés, restaurants, les cinémas, salles de spectacle sont fermés. Interdiction de circuler en bicyclettes et voitures. L'électricité est encore réduite. Couvre feu intégral de 22 h 30 à 5 h 30 (les cafés rouvriront le 23 juin).

Les 2, 15 et 16 juin 1944, les premières bombes volantes - V1 - survolent Dieppe en direction de Londres. Ces engins de mort connaissent quelques ratés (sabotage en usine ou sur la rampe) et les Normands vont en payer le prix. A Auppegard, un V1 s'abat dans le village le 16 juin 1944 : 14 morts qui ne verront pas la Libération.

 (photo J.D.)
 

 

 Le 26 juin, les alliés lancent une offensive (Épson) en direction de Caen. La ville débordée par l'est et le sud, tombe le 9 juillet. C'est un champ de ruines. Le 18 juillet, opération Goodwood sous un bombardement aérien de 2 000 bombardiers (ceux qui auraient été abattu le 6 juin) et l'appui de 750 canons lourds, objectif déboucher à l'est de Caen. A peine débarqués, les Canadiens de la 2ème Division (les rescapés de 1942 à Dieppe) sont engagés à Louvigny et Fleury sur Orne.

Le 27 juin, les propriétaires de la Vigie de Dieppe reprennent en main les destinées du journal "la Vigie de Dieppe". Le directeur est parti à Paris. Le ton change, finis les articles à la gloire de Pétain, de Laval et de l'armée allemande. Le récit des combats est plus proche de ce que nous en savons aujourd'hui.

Le 1er août, les Allemands font exploser prématurément des mines placées le long des quais. Les bombardements se poursuivent du 23 au 30 août, avec comme objectifs les voies ferrées et la gare, et la gare de triage de Rouxmesnil-Bouteilles. Tous les quartiers de la ville sont touchés. Et ce ne sont plus uniquement les bombardiers qui interviennent, les chasseurs entrent en action. Mitraillage des trains, mitraillage des camions et des voitures, avec 2 morts dans le train des ouvriers Auffay-Dieppe.

Les Allemands sont toujours là et ils le font savoir. Interdiction de sonner les cloches des églises, même pour les offices. Fermeture des cafés à 20 h 30. Réquisition des bicyclettes.

Le 25 juillet, les alliés lancent l'opération Cobra, objectif : percer les lignes allemandes en direction de la Bretagne, au sud de Coutances. Le 4 août, les alliés sont à Rennes, le 6 août à Vannes, le 9 au Mans, le 11 à Nantes. Ils reviennent plein est à la rencontre des Allemands en direction d'Alençon prise le 12 août . Les combats pour la poche de Falaise vont marquer la fin des armées allemandes en Basse-Normandie. La 2ème Division Canadienne entre à Falaise le 17 août. Lorsque la poche de Falaise est fermée le 22 août, la VIIème armée allemande n'existe plus (19 divisions), 230 000 allemands sont morts ou prisonniers, 1 000 chars sont détruits, 3 000 canons pris ou détruits. 40 000 allemands et 100 chars ont pu s'échapper en direction du nord au delà de la Seine. Les Alliés dans la bataille pour la poche ont perdu 28 000 tués et blessés mais les Dieppois l'ignorent encore.

L'avance est alors inexorable. Le 25 août, les Alliés libèrent Paris. Le 27 août, ils sont à Bordeaux, le 30 août à Rouen, le 1er septembre à Reims. Ils sont à Anvers 12 jours après Falaise. Les Américains sont à Trèves en Allemagne, 20 jours après Falaise.

 

 

  Le 15 août 1944, un second débarquement a lieu en Provence (opération Dragoon). L'avance des alliés est encore plus rapide. Draguignan est prise le 19 août, et dès le 23 août, les alliés sont à Marseille, le 24 à Cannes et Grenoble, le 26 à Avignon.

Les garnisons allemandes des ports de l'Atlantique et de la Manche (hors Cherbourg) ont pour ordre de résister jusqu'à la mort. Les alliés entrent en Seine Inférieure. Quel sera le sort de Dieppe ?

 

 

 (1)Ne pas confondre cette 2ème Panzer avec la 2ème Panzer SS "Das Reich" (Oberführer Heinz B. Lammerding), responsable des massacres de Terrasson, Antonne, Gourdon, Argenton sur Creuse, Tulle et surtout d'Oradour sur Glane. Ce dernier massacre de 634 femmes, enfants, vieillards et hommes perpétré plus notamment par la 3ème compagnie du 1er régiment "Der Fuhrer". Lammerding ne sera jamais inquieté et finira ces jours dans son lit.