LA RETRAITE

Lorsque le Général Maxime Weygand (73 ans) est appelé au commandement suprême des troupes françaises le 20 mai 1940, la situation militaire est très mauvaise.  Dans un large coup de faux, les Panzerdivisionnen de Guderian ont atteint les côtes de la Manche à hauteur  de la Somme et encerclent les armées belges, hollandaises,  britanniques et 30 des meilleures divisions françaises autour de Calais et Dunkerque.  

L'espoir demeure de pouvoir  lancer une contre attaque sur le flanc sud des Allemands à la rencontre des troupes bloquées à Dunkerque. Des troupes sont amenées sur la rive gauche de la  Somme pour constituer une X° Armée. Objectif : tenir le fleuve et contre-attaquer des troupes allemandes qui se sont éloignées fortement de leurs bases de départ.  

« La bataille dont dépend le sort du pays sera livrée sans esprit de recul sur la position que nous occupons actuellement. Tous les chefs, jusqu'aux chefs de section, doivent être animés du désir farouche de se battre jusqu'à la mort [......] Que la pensée de notre patrie blessée vous inspire l'inébranlable résolution de tenir où vous êtes. Le sort de notre patrie et l'avenir de nos fils dépendent de votre ténacité. » (Général Weygand).

Le plus extraordinaire c'est que le commandement va trouver des troupes pour constituer un front continu entre la mer et l'Aisne.  Les divisions arrivent, parfois de très loin :  23ème Division Alpine, l3ème Division Légère,  19ème Division d'infanterie,  7ème Division Nord-africaine,  4ème Division d'infanterie coloniale, 5ème Division d'infanterie coloniale,  3ème Division de cavalerie, 2ème Division de cavalerie, 5ème Division de cavalerie,  4ème Division cuirassée (colonel de Gaulle), 31ème Division alpine, 40ème Division d'infanterie,  51st Division écossaise,  restes de la  1st Division blindée britannique. Troupes disparates à l'armement lourd insuffisant.   

 

 

Ce que le Commandement ignore c'est que les troupes allemandes ne sont pas toutes installées sur la rive droite du fleuve. Des éléments avancés tiennent déjà des poches au sud du fleuve et d'autres circulent  entre Somme et Bresle. 

Le 1er juin,  le IX° corps d'armée comprenant  la 51st Écossaise, la 31ème alpine, la 2ème de cavalerie, la 5ème coloniale,  la 1st blindée britannique, tient une ligne sur  la Basse-Somme entre la mer et Abbeville . En arrière sur la Bresle la 40ème d'infanterie, plus loin la 4ème cuirassée, et 2 autres divisions d'infanterie. Certains bataillons sont débarqués au Havre venant d'Angleterre, il y a seulement quelques jours ils étaient de l'expédition de Narvik (Norvège). Ils n'ont ni carte, ni moyen de transport, ni armement lourd, ni radio, ni téléphone de campagne. 

Le 4 juin , les alliés tentent de percer les lignes allemandes. La reconnaissance a été mal faite. Les premiers engagements sont encourageants, les Alliés font même des prisonniers. Mais faute d'une action d'envergure, ce ne sont que des succès limités. Rapidement le commandement allié s'aperçoit qu'il n'y a aucun espoir de rallier les divisions encerclées à Dunkerque.   Les forces allemandes sont trop bien positionnées et les pertes alliées sont trop importantes.

Le 5 juin, Dunkerque étant tombé,  6 panzerdivisionnen  attaquent les troupes franco-britanniques sur la Somme (3ème Panzer, 4ème Panzer , 5ème Panzer (von Hartlieb), 7ème Panzer (Rommel), 9ème Panzer et 10ème Panzer) . Direction  la Seine. Les forces alliées ne peuvent guère résister. Le 6 juin, c'est l'ordre de retraite générale, en direction du sud, au delà de la Seine,  où doivent se positionner des renforts venus de Bretagne . Toutes les unités ne reçoivent pas cet ordre et certaines restent sur place. Elles vont tenir des heures entières. C'est à une véritable course que se livrent les unités.

Ignorant les unités alliées disposées généralement aux entrées de village, Rommel et von Hartlieb foncent dans la nuit avec leurs éléments  les plus légers à travers la campagne. Les régiments de Panzer suivront. Quand aux panzergrenadiers ils se livrent sur les troupes françaises noires et nord-africaines  à des actes d'une cruauté sans égale.  Massacrant les prisonniers dans des conditions atroces, fusillant ceux qui ont osés résister à la race supérieure. 

Dans cette course à la Seine, la 7ème Panzer atteint Elbeuf le 9 juin à trois heures du matin. Elle ne prendra pas le dernier pont qui saute à 100 mètres devant ses éléments de reconnaissance. Le même jour, la 5ème Panzer atteint Rouen. Tous les ponts sur la Seine sont maintenant détruits, les bacs coulés. Si les Allemands doivent patienter pour que leur Génie construise des moyens de franchissement, toute une partie de l'Armée Française est maintenant  "coincée" en Seine-Inférieure.  Les communications avec le Haut-commandement sont coupées. Ilher qui commande le IX° corps ne peut plus joindre son commandant d'armée Altamayer. Seul Fortune qui commande la 51st écossaise dispose encore d'une liaison avec .... Londres. 

Weygand lance des ordres du jour optimistes : «L'offensive ennemie est déclenchée maintenant sur tout le front [...]. L'ordre demeure pour chacun de se battre sans esprit de recul [...]. L'ennemi a subi des pertes considérables. Il sera bientôt au bout de son effort. Nous sommes au dernier quart d'heure. Tenez bon ! ».  Mais qui  entend ces proclamations ?

A défaut d'atteindre la Seine, les troupes alliées gardent l'espoir de rejoindre les ports de Dieppe, Fécamp et le Havre,  pour réaliser un rembarquement comme à Dunkerque, certes à une échelle plus réduite. L'entrée du port de Dieppe est bloquée par des navires coulés dans la passe (par les troupes anglaises), donc inutilisable. A Fécamp, rien n'est préparé. Seul espoir le Havre. Les troupes franco-britanniques vont par les routes mêlées aux milliers de civils qui fuient les combats.  A droite la mer, à gauche et derrière les Allemands. Leurs blindés dépassent  même des colonnes en retraite, laissant aux régiments de grenadiers le soin de "récolter" les prisonniers. 

Des troupes d'arrière garde tentent de bloquer la route aux Allemands qui déferlent. A Martigny, à Arques la Bataille, la résistance n'est que de courte durée. Des troupes combattent encore sur la Bresle totalement coupées de leurs camarades (certaines troupes ne se rendront que le 13 juin après la chute de Saint Valery en Caux).

Rommel après avoir atteint Rouen se rabat vers la cote à 50 kilomètres à l'heure. Coupant les routes Yvetot-Fécamp, Dieppe-Fécamp,  il atteint la mer aux Petites Dalles le 10 juin. Il  perd du temps à prendre Fécamp le 11 où la résistance est bien plus forte que prévue. Il lui faut attendre le renfort des régiments de Panzers pour écraser les derniers défenseurs. 

Plaçant quelques éléments face au sud dans l'éventualité d'arrivée de troupes venant du Havre, la 7ème Panzer remonte la cote vers Saint Valery en Caux à la rencontre du gros des unités du  IX° corps français. Von Hartlieb et sa 5ème Panzer talonne ces unités en retraite dépassant des groupes de civils épuisés,,désespérés, qu'il renvoie chez eux .

La route du Havre est désormais coupée. La route de la Seine est  coupée. Ihler et Fortune savent qu'il leur faudra se battre pour garder une tête de pont aussi étendue que possible et empêcher les Allemands d'atteindre la ville, le port et la  plage de Saint Valery en Caux.  

haut de la page